1. Structures mises en place pour une meilleure condition des femmes

18 Nov

« Les femmes ont le droit de se révolter contre les lois parce qu’on les a faites sans elles » Montaigne.

C‘est depuis le Moyen-Âge et jusqu’à aujourd’hui que progressivement, et de plus en plus intensément, des personnes  réclamant l’égalité entre les hommes et les femmes dans différents domaines que ce soit politique, social ou économique ont commencé à apparaître.

Cette invitation à l’égalité s’exprime tout d’abord à travers de simples écrits ou discours, qui se transformeront pour certains en lois, congrès, organisations constituant aujourd’hui les structures mises en place pour une meilleure condition des femmes.

Des écrits et des discours…

  • Au XVe siècle

1405 : Christine de Pisan dénonce dans la Cité des Dames la misogynie des clercs et s’élève contre les discriminations dont les femmes sont victimes.

  • Au XVIIe siècle

1622 : Marie de Gournay, « fille d’alliance » de Montaigne et une des premières féministes, soutient que la femme n’est pas inférieure à l’homme par nature mais du fait de son éducation, ce qui rejoint les idées de Simone de Beauvoir et de Vincent Cespedes de notre époque actuelle.

  • Au XVIIIe siècle

1790 : Dans son Admission des femmes au droit de cité, le philosophe Condorcet plaide pour le droit de vote des femmes et dit : « songez qu’il s’agit des droits de la moité du genre humain« .

  • Au XIXe siècle

1876 : Hubertine Auclert, fondatrice du groupe Le Droit des femmes, proclame lors du congrès de Marseille : « Qui dit droit, dit responsabilité, la femme doit travailler, n’étant pas moins tenue de produire que l’homme, vu qu’elle consomme. Qu’il y ait pour les deux sexes même facilité de production, et application rigoureuse de cette formule économique : à production égale, salaire égal.« 

  • Au XXe siècle

1949 : Simone de Beauvoir, une féministe affirmée pour l’autonomie de la femme (Réf. : Le Deuxième Sexe). Une nouvelle vision de la femme est montrée.

1997 : Lionel Jospin, à l’époque premier ministre français, déclare dans un discours : « Il faut permettre aux françaises de s’engager sans entrave dans la vie publique. Dans ce domaine, le progrès passe d’abord par l’évolution des mentalités et le changement des comportements. Une révision de la Constitution, afin d’y inscrire l’objectif de la parité entre les femmes et les hommes sera proposée« 

  • Au XXIe siècle

2000 : Une Marche des Femmes est organisée à l’échelle internationale contre la pauvreté et la violence faite aux femmes.

2010 : Le sociologue Vincent Cespedes déclare dans une interview (au Salon Zen et Bien être de Paris) : « Le féminisme c’est l’égalité des droits« 

…Engendrant la mise en place de structures favorisant la condition des femmes

  • Une femme de plus en plus autonome

Avec la Révolution Française de 1792, la femme commence progressivement à être de plus en plus autonome, à avoir ses propres responsabilités et à devenir de moins en moins dépendante de leur mari. Cette année-là, le divorce par consentement mutuel est d’ailleurs instauré par la loi. Cette autonomie peu à peu obtenue se renforce au XXe siècle avec l’autorisation à la femme mariée d’adhérer à un syndicat sans l’autorisation de son mari en 1920, et en 1937 elle a la possibilité d’obtenir un passeport encore une fois sans l’autorisation de son mari. L’année d’après, en 1938, le Code Civil de 1804 est lui-même modifié (art. 213) : son changement implique la suppression de l’incapacité juridique des femmes. Mais le véritable tournant se situe en 1965 : la femme peut finalement avoir un emploi sans l’autorisation de son mari et dispose également librement de ses biens.  Quant à la vie de famille, à partir de 1970, la notion de « chef de famille » disparaît : la loi stipule que désormais « les deux époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille« . Le choix du domicile conjugal devient commun cinq ans plus tard et la loi supprime la possibilité au mari de lire les correspondances de sa femme. Enfin, récemment, en 2006, l’âge légal du mariage passe à 18 ans au lieu de 15, pour limiter les mariages forcés encore réalisés à notre époque.

La femme devient donc de plus en plus autonome et prend son indépendance : elle obtient plus de libertés. Libertés renforcées avec un changement radical pour la femme, dans son accès aux études notamment.


  • Un meilleur accès aux études

Il a fallu attendre 1836 pour que les filles aient, elles aussi,  le droit d‘avoir la même éducation scolaire que les garçons. C’est en effet en 1836 que l’enseignement primaire public pour les filles est créé suivi en 1838 par la création de la première école normale d’institutrices : les filles peuvent même enseigner (en école primaire). D’ailleurs en 1850, une école publique pour filles est obligatoire dans chaque commune de plus de 800 habitants (malgré que l’école soit encore payante et non obligatoire). Mais leur enseignement ne se limite plus au primaire, en effet en 1862 Elisa Lemonnier, une éducatrice, donne l’accès aux jeunes filles à l’enseignement professionnel féminin, public et laïque; puis en 1880 à l’enseignement secondaire (Loi Camille Sée). Cette année-là, les femmes ont donc accès à l’université (la Sorbonne leur est désormais accessible). Mais c’est bien la loi du ministre Jules Ferry en 1881 qui rend l’enseignement primaire obligatoire pour tous (jusqu’à 16 ans) qui met les filles et les garçons sur un pied d’égalité au niveau de la scolarité. Elles excelleront d’ailleurs dans ce domaine : Marie Curie obtient deux prix Nobel en 1903 et 1911 pour ses travaux et découvertes. Et d’ailleurs bien plus tard en 1971 on remarquera que les filles rattrapent les garçons en nombre dans l’enseignement supérieur.

Les femmes ont donc un meilleur accès aux études et réussissent dans ce domaine. Les évolutions depuis 1836 ont permis aujourd’hui aux femmes de pouvoir étudier et enseigner librement. Ce dernier point touchant au travail, nous allons dès à présent l’aborder.

  • Une meilleure insertion des femmes dans le travail…

Au XVIIe-XVIIIe siècle, on admet que le licenciement d’une travailleuse en raison de sa grossesse constitue une discrimination féminine. A cette époque on ne fait que l’admettre sans réellement prendre de mesures. Les évolutions vont arriver bien plus tard, seulement en 1966 où la loi interdit de licencier une femme enceinte MAIS uniquement pendant les 12 semaines suivant l’accouchement. L’article 119, devenu depuis l’article 141 du Traité de Rome de 1957, affirme l’égalité de salaire entre les hommes et les femmes pour un travail de niveau égal. Il stipule en effet que « chaque État membre assurera pendant la première phase, puis par la suite maintiendra, le principe selon lequel les hommes et les femmes doivent, à travail égal, recevoir un paiement égal ». Cette norme est confirmée par la loi française de 1972.

Les femmes sont de mieux en mieux insérées dans le milieu du travail, cependant comme nous l’avons précisé dans la première partie ; malgré les mesures prises les salaires ne sont toujours pas égaux entre homme et femme pour un même poste.

 

  • …Et dans la politique

La participation des femmes à la politique débute au XVIIIe siècle. En 1788, les États Généraux autorisent les femmes veuves ou nobles tenant fief (=possédant un domaine) à prendre part au vote bien qu’elles ne soient pas éligibles. De plus, les femmes participent activement à la rédaction des cahiers de doléances (=registres dans lesquels sont consignés les vœux, dans  la France de l’Ancien Régime).

Mais les principales évolutions se font au XXe siècle. En 1907 par exemple, la loi donne le pouvoir aux femmes d’élire et d’être élues aux tribunaux des prud’hommes, et en 1936 Léon Blum nomme trois femmes à son gouvernement. Nous passons un tournant quand, après six tentatives de loi, le 29 avril 1945 a lieu le premier vote féminin. Aujourd’hui nous sommes parvenus à franchir le cap des 100 députées à l’Assemblée Nationale (en juin 2007).

La discrimination des femmes dans la vie politique diminue peu à peu au fil des années. L’égalité n’est néanmoins pas atteinte dans ce domaine.

  • Les organisations et évènements parfois à l’origine du changement

Cette évolution pour les femmes ne s’est pas faite toute seule. Beaucoup d’organismes, de journaux et d’évènements ont participé à la réduction des inégalités. En effet les femmes commencent peu à peu à agir avec en 1832 la création du journal « La femme libre » et en 1848 celui intitulé « La Voix des femmes ». Ce « soulèvement » des femmes se concrétisera en 1888 avec la fondation du Conseil International des Femmes (CIF) en 1967 avec la création du Women’s Lib aux États-Unis suivi par celle du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) en 1968. En 1974, l’État français créera un Secrétariat d’État à la condition féminine et trois ans plus tard les Nations Unies mettront en place « la journée internationale des droits des femmes« . Des conférences mondiales sur les femmes ont également eu lieu, tout les domaines (ou presque) où la femme est discriminée ont été évoqués (en 1975 à Mexico, en 1980 à Copenhague,  à Nairobi en 1885 et à Beijing en 1995). Nous pouvons également citer à l’échelle internationale la Marche Mondiale des Femmes contre la pauvreté et la violence faite aux femmes en 2000.

Du journal à la conférence mondiale, tous ont participé à l’amélioration de la condition de la femme.

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